EMPREINTE












Si la lumière est possible,
Elle pullule
Il n'en faut qu'aux rudiments d'attente
Pour que le ciel se couche de tout son long
Sur le corps nu foisonnant
L'humeur distraite et lâche, 
Posée en voile sur un ancien pardon
Si la lumière est possible,
Elle irise les gènes appauvris
Réveille au Nord les ocres sans défaut
Y fondre l'odeur
D'une sueur étrangère
Y fondre l'oubli
De basses terres
Sans rien craindre d'avoir perdu
Dans la brutalité de l'étreinte, le dernier mot






Novembre 2013


GRAVURE





Il y a toujours une heure qui penche
Ici, la nuit s'appuie aux corps actifs
Comme une paume sur un front trop chaud
Et c'est cette heure-là
L'irruption amorphe des doutes et des envies
Le doux des anciennes pertes, celui des besoins aussi
Tout ça réclamant sa part
On ne l'a pas
On s'écoute bruire en tous sens
Une heure affaissée
Où tout le limon de toutes les heures sert de sol
Et l'on sait qu'on marche sur ce qu'on a tu

S'étale vers l'avant, la lumière le perce
L'effort répété, l'effort incessant
L'effort brutal à l'extrême de ce silence
  Une heure où ce qui aurait dû se gagner en distance
L'espace proprement creusé de l'expérience
L'espace courbe de l'expérience
Ce qui aurait pu s' éparpiller dans le mortier du cynisme
Qui peut s’appeler le seul savoir
La belle solidité tragique du savoir
Cède d'un coup sous la soudaine remontée de l'inutile
Celui de tant d'autres savoirs perdus
Leur souvenir
Un souvenir : la tiède effronterie de la promiscuité




 2013





PENSEE




Le temps glisse le long du baudrier de mes mains humides
Évite les frottements de la corde aux rochers
J'ai ancré les battements de ma ténébreuse isolation
Au rythme d'un appel







2013





TIRAGE





Chaque soir s'impose leur mêlée assourdissante
Les millions de gorges coassant sans faiblir à nos survies
La nuit ne tombe plus
S'accroche au ciel par vagues fulgurantes
Et douces
La nuit s'extrait du sol
Se crée chaque soir
Au toucher des mousses et des archanges fatigués
Le rouge n'est plus une couleur





2013

PRESSION





Sous la chaleur sans mansuétude
La peau coule
Dans la lymphe archaïque, les sels se diluent
Parfum de viennoiserie chaude
L'entre-jambe à l'odeur d'humus
Fragrance indigne
Le règne des mucus  appelle à l'animal





 2013







APPRECIATION












Loin pourtant
L'épaisseur rugueuse de la peur d'être
La peur ruineuse d'être
Son épiderme retourné sur lui-même comme un gant
Loin
La peur de la disparition dans le prolifique incommensurable





2012





SOUVENIR









Tournant le dos aux vociférations scintillantes
Et à leurs lendemains doux-amers
Les hymnes se sont noyés dans l'indifférence des eaux
La gorge lavée d'insouciance a converti le miel des cantiques
L'Océan seul est le Divin Enfant





Noël 2012












EMPRISE









Ventre, dos, cou, front
Cuisses aussi
Reconvertis à l'odeur animale
Ruissellement
Exsudation
Nuées salées
Débordements
Mon corps me liquéfie
Corruption
Les matières m'écoulent
Partout des adhérences aux fibres
Partout des copulations imprévisibles
Mon corps me glisse entre les doigts vers ses marges
Le repos  mouillé de ses fermentations
Mon corps me fuit
Ventre, dos
Hanches aussi
Une flaque de sueur qui n'est plus tout à fait moi.






2012





VESTIGE











L'impulsion végétale envahit les affaires, l'homme la longe
Gravide de cette offre qui le comble à cent quatre-vingts degrés
Le miroir sombre de sa présence équivoque
Prolifération inapaisable des floraisons guettant, au plus large ciel possible
Le temps de nouveau touché des matrices éternelles
La route la traverse, bénigne, abêtie de présent
Elle disparaîtra en son heure
Étouffée sous un compte-à-rebours enfin devenu plat




2012 





SAISISSEMENT









 
L'air s'est déplacé
Les sabres de la fournaise à poser sous nos pas
Le soleil a été cruel à nos yeux
Sa présence radicale nous égare
Où donc s'oublier sous sa juridiction maléfique ?




2012






IMPULSION










Le front chaud, la voix rauque des colères rentrées
L'Océan bascule vers l'irascible
Somptueux sous l'arbitraire de sa laque imprévisible
Prêt à tout
Le ponton jette quelques plongeurs à sa ténébreuse impatience






   Plage du Diamant 2012
                                                          


MARQUE













Parfois le peuplement des mondes cède sous l'impératif de la couleur
Seule reste suspendue dans l'attente d'une nuit suprême
La limite organique du Bleu




2012





REPRODUCTION











Roulant encore sur cette autoroute aussi chargée que les coronaires d'un lendemain d'orgie
Soudain s'est abattue l'habitude sur la tentation de voir
Comme sont rapides à disperser l'ozone les affaires quotidiennes !
J'appuie ma tête oublieuse sur la bouche des flamboyants jonchant l'indifférence
Lissant de leur passion de velours les écailles des jours





Septembre 2012




EFFET










Face aux flots
Femmes, hommes s'allongent
Femmes, hommes se relèvent
Femmes, hommes suant leurs appétits
Pliés sous les instances de la pénitence
Ils épuisent leurs péchés, ceux d'hier
Dans le sermon radical de la chaleur
Dos au parking saturé sous la seule ombre joignable
Ceux de demain, leurs corps s'envoûtent à l'effort
Traquent l'éternité
Hommes, femmes courent jusqu'au bout de la baie
Insensibles à la densité des appels gémis par les fonds sous-marins.




Un dimanche, Plage du Diamant

2012


TRACE













Le temps de la conservation de soi s'absorbe dans les ordres vibrants
Du conquistador aux épaules d'airain
Encerclant le point béni de la sveltesse, des hordes de corps se tendent
Enflammées par l'effort dominical, les faces humides tournées vers le puissant
Au rythme de leur volonté sans faille, les muscles luisants roulent
Emportés sans écho par le ronflement irrémédiable de l'océan.





Un dimanche, Plage du Diamant

 2012








PRESSENTIMENT








Avant de se blottir entre ciel et eau
L'heure touche du doigt la luxure
La lumière court à sa perte
Et les derniers mots du jour sont des cris de vengeance
La mer Caraïbe s'allonge sous un seul nuage
Il lui fredonne un chant fatal




2012







INFLUENCE








Je m'enfoncerai lentement dans les états d'âme des lézards verts
Jusqu'au silence
De plus en plus bas vers l'étonnement
Celui des excès peu tangibles
L'abondance des cohues
Les chocs infiniment reconduits des paroles exténuantes
S'éclipseront sous la vigilance muette
De l'effort minéral
Tête en bas, absorbée par l'attente qui me contient
J'irai entrouvrir le temps sans arabesque
Il me privera du superflu avec une générosité sans borne
L'absence de fin
Le mouvement tragique des pas du tylocéphale.







2012