ENTRAÎNEMENT
Peu d'espace abandonné au tempo lent du morose
Les dents mordent jusqu'à la pure blancheur
Les sourires sont une monnaie d'échange
L'énergie s'éparpille dans les éclats des rires
L'énergie s'éparpille dans les éclats des rires
Aspergeant le doute
Les sourires sont un bain moussant
Les pieds durs au sol chaud de tant d'histoire maligne
Les sourires sont un bain moussant
Les pieds durs au sol chaud de tant d'histoire maligne
La matière des liens fluide
Les sourires sont un code secret sans mystère
Avril 2014
APPLICATION
La nuit s'assied
A son front tremblent les boucles sèches des Mornes
Pour un temps la nuit monte
Dans une douceur suspecte, elle se penche
Se laisse à peine heurter par la voix des chiens
La nuit entre en transe, c'est une célébration
La nuit entre en transe, c'est une célébration
Tire vers le bas chaque seconde
Puis aplatit son rêve dans un grincement inquiet, la ponctualité niaise
Puis aplatit son rêve dans un grincement inquiet, la ponctualité niaise
De grenouilles s'éveillant à elle par milliers
Avril 2014
19 heures
DECALQUE
Les arrondis de l'Île s'appuient sur mes hanches
Je m'y déplace en fermant les paupières
Les espaces furtifs ont cédé place aux lianes
Assagie, je m'y tiens
Mais le temps presse, à quand la brûlure des limites
Le bout de rien une fois atteint
A quand la poussée vers l'exquise inconnue
Puis le besoin du saut à vide et les parfums du neuf
Ici et là sont presque à mes pieds
Prêts pour l'usage
Le contamination de l'étrange a perdu ses plissements
Le front est plat devant l'appel des mœurs lentement entr'ouvertes
Le paisible moment du compagnonnage
Me salue à chaque frôlement
Je ne suis plus perdue pour personne
La visite est finie
Dans quelques heures à peine commence le bal
Mars 2014
MAINMISE
La nuit,
épaisse comme un dernier soupir
S’entrebâille à la route, sans plus
S’entrebâille à la route, sans plus
Chaque
virage précède un virage
Chaque virage est un angle improbable
Chaque virage est un angle improbable
La main tremble : retenir dans
le vent tiède son souffle
La fin est
floue
La tension pointue aux pupilles impuissantes
La tension pointue aux pupilles impuissantes
Montent dans
une courbe inattendue
Les forces
brutales du sol que la voie pénètre
Le murmure des millénaires accroupis
Le murmure des millénaires accroupis
Nous allongés, roulant au centre du cycle sans fin
Nous agités, écrasés sous son ogive impénétrable
Dans l’obscurité
indifférente le temps s’extrait du sol
Chaque feuille soupire.
Chaque feuille soupire.
Janvier 2014
22 heures
Le Marin Le Robert par les terres
Le Marin Le Robert par les terres
EMPREINTE
Si la lumière est possible
Elle pullule
Il ne faut qu'un rudiment d'attente
Pour que le ciel se couche de tout son long
Sur le corps nu foisonnant
L'humeur distraite et lâche
Posée en voile sur un ancien pardon
Si la lumière est possible
Elle irise les gènes appauvris
Réveille au nord les ocres sans défaut
Y fondre l'odeur
D'une sueur étrangère
Y fondre l'oubli
Des basses terres
Sans rien craindre d'avoir perdu
Dans la brutalité de l'étreinte
Le dernier mot
Le dernier mot
Novembre 2013
TIRAGE
Chaque soir s'impose leur mêlée assourdissante
Les millions de gorges coassant sans faiblir à nos survies
La nuit ne tombe plus
S'accroche au ciel par vagues fulgurantes
Et douces
La nuit s'extrait du sol
Se crée chaque soir
Au toucher des mousses et des archanges fatigués
Le rouge n'est plus une couleur
2013
EMPRISE
Ventre
Dos
Cou
Front
Cuisses
Dos
Cou
Front
Cuisses
Reconvertis aux odeurs animales
Ruissellement
Exsudation
Nuées salées
Débordements
Débordements
Mon corps me liquéfie
Corruption
Corruption
Les matières m'écoulent
Partout des adhérences aux fibres
Partout des copulations imprévisibles
Partout des copulations imprévisibles
Mon corps me glisse entre les doigts vers ses marges
Le repos mouillé de ses fermentations
Mon corps me fuit
Ventre
Dos
Hanches aussi
Dos
Hanches aussi
Une flaque de sueur qui n'est plus tout à fait moi.
2012
VESTIGE
L'impulsion végétale envahit les affaires, l'homme la longe
Gravide de cette offre qui le comble à cent quatre-vingts degrés
Le miroir sombre de sa présence équivoque
Le miroir sombre de sa présence équivoque
Prolifération inapaisable des floraisons guettant, au plus large ciel possible
Le temps de nouveau touché des matrices éternelles
La route la traverse, bénigne, abêtie de présent
Elle disparaîtra en son heure
Étouffée sous un compte-à-rebours enfin devenu plat
2012
REPRODUCTION
Roulant encore sur cette autoroute aussi chargée que les coronaires d'un lendemain d'orgie
Soudain s'est abattue l'habitude sur la tentation de voir
Comme sont rapides à disperser l'ozone les affaires quotidiennes !
J'appuie ma tête oublieuse sur la bouche des flamboyants jonchant l'indifférence
Lissant de leur passion de velours les écailles des jours
Septembre 2012
EFFET
Face aux flots
Femmes, hommes s'allongent
Femmes, hommes se relèvent
Femmes, hommes suant leurs appétits
Pliés sous les instances de la pénitence
Ils épuisent leurs péchés, ceux d'hier
Dans le sermon radical de la chaleur
Dos au parking saturé sous la seule ombre joignable
Ceux de demain, leurs corps s'envoûtent à l'effort
Traquent l'éternité
Hommes, femmes courent jusqu'au bout de la baie
Insensibles à la densité des appels gémis par les fonds sous-marins.
Un dimanche, Plage du Diamant
2012
REPERCUSSION
Le temps de la conservation de soi
S'absorbe dans les ordres vibrants
S'absorbe dans les ordres vibrants
Du conquistador aux épaules d'airain
Accostant aux terres bénies de la sveltesse
Des hordes de corps se tendent
Des hordes de corps se tendent
Enflammées par l'effort
Les faces humides tournées vers le puissant
Les faces humides tournées vers le puissant
Au rythme de sa volonté sans faille
Les muscles luisants roulent
Les muscles luisants roulent
Engloutis sans écho dans le ronflement de l'océan.
Un dimanche, Plage du Diamant
2012
RAYONNEMENT
Je m'enfoncerai lentement dans les états d'âme des lézards verts
Jusqu'au silence
De plus en plus bas vers l'étonnement
Celui des excès peu tangibles
L'abondance des cohues
L'abondance des cohues
Les chocs infiniment reconduits des paroles exténuantes
S'éclipseront sous la vigilance muette
De l'effort minéral
Tête en bas, absorbée par l'attente qui me contient
Tête en bas, absorbée par l'attente qui me contient
J'irai entrouvrir le temps sans arabesque
Il me privera du superflu avec une générosité sans borne
L'absence de fin
Le mouvement tragique des pas du tylocéphale.
Le mouvement tragique des pas du tylocéphale.
2012
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