IMPRESSION








Sur les doigts, l'odeur brune de l'Aspidistra Eliator
Les boutures sont des offrandes
La terre s'exalte entre les paumes
Les verts s'imposent et se reproduisent à l'infini
Les créatures célèbrent l'avènement du végétal
Le révèrent comme un aîné
Un démiurge calme et doux  qui offre à loisir ses viscères
Contre un peu de patience et de recueillement
Parfois on demande aux oiseaux de se taire









Janvier 2015 




PRESTIGE








L'air devient mondain, les envies plus légères
Surpris par ce raffinement
On s'immobilise un temps
Emportés par l'éloquence de la nuit
Basculant dans des fantaisies anciennes
Tant d'élégance nous adoucit
Nous élève du sol où dans la chaleur sans nuance
Se sont, heure par heure, accumulées les cacophonies









  2 Janvier 2014





RÉPERCUSSION




Suspendu légèrement au-dessus des volontés
Un effet cabre l'air
Confort d'une excitation de la peau toujours chaude
Dévotion sans sangle à l'animé
Une joie brutale et résistante
Dans l'appel au mouvement, le soin disponible pour qui sait oublier
Le pharmakon des Alizées, plus autre chose
Un heurt entre la plasticité du corps noir et son année tropique
Les secousses resteront massées sous la candeur du ciel 








Décembre 2014 




ÉTONNEMENT




Les  actes des forges s'annoncent, sans fumée encore
Tremblement qui guide son onde jusqu'à la moelle épinière
Son champ d'action
Plus fort, un jour
Un jour la terre vomira
Les secousses feront s'interrompre les gestes
Suspendront les allers
On attend en souriant que son agacement passe
L'ampleur possible n'est pas encore tracée
Ne laisse que la sensation d'inconnu tout autour
La vibrance dans chaque cellule
De longues minutes après le dernier sursaut
Un avertissement pour les orgueils oublieux.






Décembre 2014

Secousse séismique






TEINTURE





L'eau enfin libérée par sa patience a lavé la chaleur
Le soleil est doux
La petite fille des dimanches tape dans son ballon
Pour assommer l'ennui sous le rythme obsédant des grandes ambitions
L'air est filtré par l'attente
Elle demeure un peu grise,  fumeuse sur le haut des collines
Le soleil a rentré ses armées pour le soir
Le soleil est doux



Septembre 2014





SORTIE




Mon sang était à marée basse, retiré autour du seul îlot encore visible
Engourdie, je dormais le jour et creusait la nuit
Prête à repousser tout intrus en baissant simplement les paupières
Le retour à la surface se fait par pulsations
J'écarte les ombres d'une main
Avec précaution les pieds explorent un point au loin, en brillance
Courir est un quatuor
Le picotement dans les veinules repousse l'andante au bout des doigts
Il finira sur le dos, flottant
Eau ou larme emportées le long de la joue vers le silence des profondeurs
Abandonnée un instant ma lourdeur informe
Aux bras moelleux, tendus de l'Océan



Juillet 2014



ACTION






L'air sature d'argile
L'hygrométrie a abandonné son poste
On s'écoule
On s'enfourne dans la touffeur
Dedans dehors s'enlacent avec passion
La salive coule le long des murs
Les aisselles suintent sous la moiteur
Des pièces de corps flottent sur les lits culbutés
Par compassion une brise d'urgence
Embrasse les bouches entr'ouvertes
Dernier sursaut avant la liquéfaction
Tous nos organes attendent l'orage
Il ne vient jamais
Nus et délavés
On le sait




Juillet 2014
Saison cyclonique












AIR





Lourde et saturée la voûte s'écrase enfin
Sous la pression maligne des vents venus d'ailleurs
La lumière fond
Les fautes impunies s'écoulent dans une humidité oublieuse
Tous se taisent
Le cyclone s'immole en pleurant
Par brassées fertiles les masses d'eau pivotent
Le centre s'est liquéfié
Les murs ondulants l'absorbent
Pluie sans but autre que sa chute
Son arrogance éphémère, sa susceptibilité
Un retour vers les sofas bibliques encore moites
Rejoué chaque saison, l'air se sature à l'envers



Juillet 2014

Saison Cyclonique





INFLUX













Il en va de la lumière
Comme du désintéressement sans limite des eaux
Allouées au soin du ressentiment
Pour qui sait toucher sous leur présence urticante
La soie prophylactique des préséances.





Mai 2014









ENTRAÎNEMENT




Peu d'espace abandonné au tempo lent du morose
Les dents mordent jusqu'à la pure blancheur
Les sourires sont une monnaie d'échange
 L'énergie s'éparpille dans les éclats des rires
Aspergeant le doute
Les sourires sont un bain moussant
Les pieds durs au sol chaud de tant d'histoire maligne
La matière des liens fluide
Les sourires sont un code secret sans mystère










Avril 2014





APPLICATION







La nuit s'assied
A son front tremblent les boucles sèches des Mornes
Pour un temps la nuit monte
Dans une douceur suspecte, elle se penche
Se laisse à peine heurter par la voix des chiens
La nuit entre en transe, c'est une célébration
Tire vers le bas chaque seconde
Puis aplatit son rêve dans un grincement inquiet, la ponctualité niaise
De grenouilles s'éveillant à elle par milliers



Avril 2014

 19  heures







DECALQUE








Les arrondis de l'Île s'appuient sur mes hanches
Je m'y déplace en fermant les paupières
Les espaces furtifs ont cédé place aux lianes
Assagie, je m'y tiens
Mais le temps presse, à quand la brûlure des limites
Le bout de rien une fois atteint
A quand la poussée vers l'exquise inconnue
Puis le besoin du saut à vide et les parfums du neuf
Ici et là sont presque à mes pieds
Prêts pour l'usage
Le contamination de l'étrange a perdu ses plissements
Le front est plat devant  l'appel des mœurs lentement entr'ouvertes
Le paisible moment du compagnonnage
Me salue à chaque frôlement
Je ne suis plus perdue pour personne
La visite est finie
Dans quelques heures à peine commence le bal








Mars 2014












MAINMISE






 
La nuit, épaisse comme un dernier soupir
S’entrebâille à la route, sans plus
Chaque virage précède un virage  
Chaque virage est un angle improbable
La  main tremble : retenir dans le vent tiède son souffle
La fin est floue
La tension pointue aux pupilles impuissantes
Montent dans une courbe inattendue
Les forces brutales du sol que la voie pénètre 
Le murmure des millénaires accroupis
Nous allongés, roulant au centre du cycle sans fin
Nous agités,  écrasés sous son ogive impénétrable
Dans l’obscurité indifférente le temps s’extrait du sol
Chaque  feuille soupire.




Janvier 2014
22 heures

Le Marin Le Robert par les terres

EMPREINTE












Si la lumière est possible
Elle pullule
Il ne faut qu'un rudiment d'attente
Pour que le ciel se couche de tout son long
Sur le corps nu foisonnant
L'humeur distraite et lâche
Posée en voile sur un ancien pardon
Si la lumière est possible
Elle irise les gènes appauvris
Réveille au nord les ocres sans défaut
Y fondre l'odeur
D'une sueur étrangère
Y fondre l'oubli
Des basses terres
Sans rien craindre d'avoir perdu
Dans la brutalité de l'étreinte
Le dernier mot






Novembre 2013


PENSEE




Le temps glisse le long du baudrier de mes mains humides
Évite les frottements de la corde aux rochers
J'ai ancré les battements de ma ténébreuse isolation
Au rythme d'un appel







2013





TIRAGE





Chaque soir s'impose leur mêlée assourdissante
Les millions de gorges coassant sans faiblir à nos survies
La nuit ne tombe plus
S'accroche au ciel par vagues fulgurantes
Et douces
La nuit s'extrait du sol
Se crée chaque soir
Au toucher des mousses et des archanges fatigués
Le rouge n'est plus une couleur





2013

PRESSION





Sous la chaleur sans mansuétude
La peau coule
Dans la lymphe archaïque, les sels se diluent
Parfum de viennoiserie chaude
L'entre-jambe à l'odeur d'humus
Fragrance indigne
Le règne des mucus  appelle à l'animal





 2013







APPRECIATION












Loin pourtant
L'épaisseur rugueuse de la peur d'être
La peur ruineuse d'être
Son épiderme retourné sur lui-même comme un gant
Loin, la peur de la disparition dans le prolifique incommensurable





2012





SOUVENIR









Tournant le dos aux vociférations scintillantes
Et à leurs lendemains doux-amers
Les hymnes se sont noyés dans l'indifférence des eaux
La gorge lavée d'insouciance a converti le miel des cantiques
L'Océan seul est le Divin Enfant





Noël 2012












EMPRISE









Ventre
Dos
Cou
Front
Cuisses
Reconvertis aux odeurs animales
Ruissellement
Exsudation
Nuées salées
Débordements
Mon corps me liquéfie
Corruption
Les matières m'écoulent
Partout des adhérences aux fibres
Partout des copulations imprévisibles
Mon corps me glisse entre les doigts vers ses marges
Le repos  mouillé de ses fermentations
Mon corps me fuit
Ventre
Dos
Hanches aussi
Une flaque de sueur qui n'est plus tout à fait moi.






2012





VESTIGE











L'impulsion végétale envahit les affaires, l'homme la longe
Gravide de cette offre qui le comble à cent quatre-vingts degrés
Le miroir sombre de sa présence équivoque
Prolifération inapaisable des floraisons guettant, au plus large ciel possible
Le temps de nouveau touché des matrices éternelles
La route la traverse, bénigne, abêtie de présent
Elle disparaîtra en son heure
Étouffée sous un compte-à-rebours enfin devenu plat




2012 





SAISISSEMENT









 
L'air s'est déplacé
Les sabres de la fournaise à poser sous nos pas
Le soleil a été cruel à nos yeux
Sa présence radicale nous égare
Où donc s'oublier sous sa juridiction maléfique ?




2012






AUSPICE










Le front chaud
La voix rauque des colères rentrées
L'océan bascule vers l'irascible
Somptueux sous l'arbitraire de sa laque imprévisible
Prêt à tout
Le ponton jette quelques plongeurs à sa ténébreuse impatience






   Plage du Diamant 2012
                                                          


CONTAGION













Parfois le peuplement des mondes cède sous l'impératif de la couleur
Seule reste suspendue dans l'attente d'une nuit suprême
La limite organique du Bleu




2012





REPRODUCTION











Roulant encore sur cette autoroute aussi chargée que les coronaires d'un lendemain d'orgie
Soudain s'est abattue l'habitude sur la tentation de voir
Comme sont rapides à disperser l'ozone les affaires quotidiennes !
J'appuie ma tête oublieuse sur la bouche des flamboyants jonchant l'indifférence
Lissant de leur passion de velours les écailles des jours





Septembre 2012




EFFET










Face aux flots
Femmes, hommes s'allongent
Femmes, hommes se relèvent
Femmes, hommes suant leurs appétits
Pliés sous les instances de la pénitence
Ils épuisent leurs péchés, ceux d'hier
Dans le sermon radical de la chaleur
Dos au parking saturé sous la seule ombre joignable
Ceux de demain, leurs corps s'envoûtent à l'effort
Traquent l'éternité
Hommes, femmes courent jusqu'au bout de la baie
Insensibles à la densité des appels gémis par les fonds sous-marins.




Un dimanche, Plage du Diamant

2012